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L'ouvrage comprend 15 chapitres répartis en quatre volumes :

I - L’enfance terrible des États comprend cinq chapitres consacrés à :

1 - trois mythes de fondation de cité : Caïn et Abel, Cadmos et les fils du dragon, Romulus et Rémus

2 - Œdipe-roi de Sophocle

3 - Antigone de Sophocle

4 – Electre, dans les trois versions de Eschyle, Sophocle, et Euripide

5 - la République de Platon

Ce premier volume étudie particulièrement quelques mythes de fondation de cité ainsi que les plus grands textes de la littérature grecque, de Sophocle à Platon, pour décortiquer la complexité des rapports conflictuels entre les exigences de la conscience individuelle et la toute-puissance d’un pouvoir arbitraire qui refuse par principe toute contradiction.






Extrait de l'introduction : 

           "Si, selon l’évangéliste, au commencement du monde fut le Logos, la parole créatrice et vivifiante de Dieu, selon les données anthropologiques réunies et synthétisées par René Girard dans La violence et le sacré, au commencement de toute société humaine fut la violence sacrificielle, l’unanimité de tous contre une victime innocente effectivement mise à mort.

            Or ce qui rassemble les hommes à l’origine de toutes les sociétés humaines, ce n’est pas la parole de Dieu, c’est la violence.

            Les sociétés, c’est-à-dire, selon l’étymologie, des ensembles de gens qui se sont alliés, ne se sont pas créées autour d’un projet positif, d’une volonté commune d’avancer vers un but défini, d’ériger quelque chose, d’un « pour », mais autour d’un « contre », de la nécessité ressentie d’éliminer physiquement un élément jugé malsain et polluant, susceptible de contaminer l’ensemble du groupe, et donc dangereux pour la survie de ce dernier. Et peu importait que l’accusation fût effectivement justifiée par un danger réel et des preuves tangibles : il suffisait que la mise à mort de l’individu ou des individus jugés polluants amenât un véritable soulagement chez les co-assassins, et rétablît leur sentiment de sécurité, pour que chacun se sentît rassuré, que la paix fût restaurée à l’intérieur du groupe, et que l’harmonie prétendument troublée fût rétablie."


Introduction du chapitre VI :

        À l’opposé absolu de Platon, Caïus Julius César n’est pas l’inventeur d’une cité imaginaire qui se voudrait idéale ; il est au contraire le refondateur d’un empire qui existait avant lui, et auquel il a donné non seulement une nouvelle dimension, mais surtout une nouvelle structure étatique. Mais César n’est pas seulement un militaire de génie et un homme d’État exceptionnel, c’est aussi un écrivain remarquable, non seulement par son style, mais aussi par la vision de l’État qui se fait jour à travers son œuvre ; car César ne cesse de commenter son action au fur et à mesure de son déroulement, il ne sépare pas l’action de la réflexion, et ses Commentarii sur la guerre des Gaules et la guerre civile constituent des documents particulièrement précieux pour observer le travail de la conscience du général et de l’homme d’État, dans les périodes où son pays connaît les convulsions les plus violentes de son histoire.

Car pour bien comprendre l’action de César et bien juger de la valeur de ses commentaires, il faut avoir présent à la conscience l’effroyable violence que connut cette période de la guerre civile, et pour cela rappeler avant toute chose ce que nous en dit l’historien grec Appien (II, 15, 101-102) : « Un dénombrement de tous les citoyens ayant eu lieu par ses ordres, la population se trouva, par la guerre civile, réduite à moins de la moitié. »

Toutes questions de racisme et d’idéologie mises à part, le massacre auquel s’est livré César dans la population romaine pour s’assurer de la totalité du pouvoir se rapproche du génocide des Juifs accompli sous les ordres d’Hitler (6 millions de morts pour 9 millions de personnes en Europe, soit les deux tiers de la population). La prise du pouvoir à Rome par Jules César a été payée par la plus grande tragédie de l’histoire romaine. Mais cela n’a pas entamé la bonne conscience de son auteur.

Cicéron rapporte qu’il avait souvent dans la bouche ce vers d’Euripide : « S’il faut violer le droit, il ne le faut violer que pour régner. » (Suét., 30).


III - Esprit et déraison, quatre chapitres également :

10 - Le Contrat social de Rousseau et les Leçons sur la philosophie de l'Histoire de Hegel

11 - Lorenzaccio de Musset

12 - Résurrection de Tolstoï

13 - Le procès de Kafka

Ce troisième volume étudie le développement du conflit entre les exigences de la liberté individuelle et la structure de plus en plus oppressive de l’appareil d’État, de la fin du XVIIIe siècle à l’aube du XXe, à travers Le contrat social de Rousseau, la philosophie de l’histoire de Hegel, Lorenzaccio de Musset, le roman de Tolstoï, Résurrection, dans lequel l’auteur russe pose les principes de la non-violence, et Le procès de Kafka, sans doute le roman qui illustre le mieux la difficulté d’être de la conscience individuelle dans nos sociétés modernes.








Introduction au chapitre X : 

Dans le Discours sur l’origine de l’inégalitéLe contrat social et les Leçons sur la philosophie de l’histoire,Rousseau et Hegel abordent tous deux la question des rapports entre l’homme et l’État, et de la violence de l’État, mais chacun d’une manière très différente, opposée à celle de Machiavel, qui posait le problème en termes de stratégie politique ; Rousseau aborde le problème en constitutionnaliste : pour lui, comme pour Platon, il y a à tirer, de l’exemple de l’histoire et des peuples, des principes de droit permettant d’établir la meilleure constitution possible. Le problème de la violence de l’État et de la conscience humaine doit se régler par un contrat social. Hegel aborde le problème de manière radicalement opposée : il n’y a pour lui rien à tirer de l’exemple de l’histoire, parce que chaque État est une entité entièrement nouvelle, qui se crée sur ses propres bases.

Eu égard à l’histoire, il convient de remarquer que, de cela, rien ne peut être appris pour la constitution politique, parce que l’État est la rationalité dans le monde, la rationalité étant là. Les différentes constitutions se suivent donc dans la diversité de leurs principes, et elles sont toujours telles que les principes antérieurs sont supprimés par ceux qui suivent. (PH, p. 174.)

La question, pour lui, est celle du développement dialectique de l’Esprit dans l’histoire, l’Esprit étant ce qui est, l’État étant ce qui est là. On peut légitimement s’interroger sur la légitimité de ce refus du constitutionnalisme historique de Rousseau, eu égard aux propres principes de Hegel lui-même. Certes, nous aurons l’occasion de le voir, le développement historique de l’Esprit dans l’histoire suit dans sa pensée un mouvement qui peut être comparé à celui de l’action de la Providence. Cependant, si l’on admet les principes hégéliens suivants - que nous aurons l’occasion d’étudier de plus près dans la suite - à savoir premièrement que l’homme est à la fois libre et responsable, deuxièmement que tout ce qu’il y a de raison dans l’histoire n’est apporté que par celui qui l’observe, et troisièmement que c’est l’action humaine qui effective, volans nolans, le développement de l’Esprit dans l’histoire, on ne voit pas pourquoi dès lors la réflexion de l’homme sur le meilleur régime politique possible ne constituerait pas précisément une des causes contingentes mais nécessaires de ce développement. On voit d’ailleurs très bien sur cette question et sur l’interprétation qu’on peut en faire, une des causes fondamentales de la scission entre hégéliens de droite et de gauche, les premiers préférant s’en remettre à l’autonomie de l’Esprit qui se développerait de lui-même dans l’histoire, et dans la conscience individuelle par la contemplation (nous traduisons ainsi le terme hégélien Anschauung) de celle-ci, les autres insistant sur la nécessité de l’action et du travail humain pour rendre effectif ce développement.



IV - Le temps des monstres comprend deux chapitres :

14 - Sa majesté des mouches de W. Golding

15 – Si c'est un homme de Primo Levi et Rhinocérosde Ionesco.

Ce quatrième volume s’intéresse tout particulièrement à trois œuvres fondamentales traitant de la naissance et du développement de l’idéologie nazie à l’intérieur de consciences occidentales : Sa Majesté des mouches, écrit par William Golding, ancien officier de la Royal Navy ; Rhinocéros, de Ionesco, un témoin essentiel de la montée du fascisme en Roumanie ; et Si c’est un homme, de Primo Levi, survivant du camp d’Auschwitz, et qui nous a laissé une étude quasi scientifique du fonctionnement de la conscience nazie.











Extrait de l'Introduction du chapitre XV :

            Nous arrivons maintenant, dans ce dernier chapitre, à la période de l’histoire humaine la plus tragique de toutes probablement pour la conscience humaine, celle qui a vu se développer la forme d’État dont l’essor dans l’histoire pose les plus graves questions à la fois à la raison et à la conscience.

            Nous allons tenter ici une analyse de cette forme d’État à travers l’étude comparée de deux œuvres littéraires très différentes dans leur forme, mais assez proches dans leur thématique : Rhinocéros, d’Eugène Ionesco, et Si c’est un homme, de Primo Lévi ; la première est une pièce de théâtre écrite par un auteur roumain exilé en France du fait du fascisme, et la deuxième un témoignage de la vie dans les camps de concentration écrit par un ingénieur italien déporté en Pologne, à Auschwitz. La première relève donc de la fiction, et plus exactement de la fable, d’une manière qui peut être par bien des points rapprochée des fables de La Fontaine - on pense évidemment aux Animaux malades de la peste, mais aussi du roman de William Golding que nous venons de voir dans le chapitre précédent. Le deuxième ouvrage à l’inverse est un document historique, un témoignage authentique, dans lequel n’entre pas la moindre part de fiction, ce qui ne lui enlève évidemment rien de ses qualités littéraires. Les deux œuvres s’intéressent en priorité au fonctionnement de la conscience humaine dans un monde qui semble de plus en plus privé de raison, ainsi qu’aux rapports qu’entretient la conscience individuelle soit avec la masse de la foule dans la pièce de Ionesco, soit avec l’appareil de l’État dans l’œuvre de Lévi ; si le premier se demande plutôt : comment devient-on nazi ? Le deuxième cherche davantage à savoir : comment fonctionne-t-on quand on est nazi ? Mais dans les deux cas c’est bien la question des rapports conflictuels de la conscience humaine individuelle à la déraison collective et nationale qui est posée, car, dans les deux œuvres, la deuxième a bel et bien déclaré la guerre à la première.



Pierre Lamblé

Conscience humaine et violence de l’État dans quelques mythes et œuvres majeures de la littérature occidentale,

ou

Παλιντροπος αρμονιη

L’ouvrage se situe dans la continuité des travaux de René Girard, depuis La violence et le sacré jusqu’à Achever Clausewitz, sur les rapports entre la violence sur laquelle les États se sont fondés et la conscience humaine, à travers quelques grands chefs-d’œuvre de la littérature qui vont de l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, ces œuvres étant données a priori comme les meilleurs témoignages de l’activité de la conscience. La démarche générale de l’ouvrage est fortement inspirée des Leçons sur la philosophie de l’histoire de Hegel, mais la thèse d’ensemble est davantage animée par la philosophie de Bergson.





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René Girard




II - L’ombre de César comprend quatre chapitres :

6 - les Commentaires de César

7 - Le prince de Machiavel, vs l’Anti-Machiavel de Fréderic II

8 - Macbeth de Shakespeare et Cinna de Corneille

9 - Candide de Voltaire, vs Leibnitz

Ce deuxième volume s’attache particulièrement à l’étude de la pensée et de l’action politiques de Jules César, et de son influence sur l’Europe de la Renaissance au XVIIIe siècle, en montrant comment la pensée de Machiavel, dont le but fondamental est de trouver une issue à l’aporie fondamentale dans laquelle le pouvoir politique s’enferme depuis l’origine même des États, a nourri toute la réflexion politique des XVIIe et XVIIIe siècle, de Corneille à Voltaire et Leibnitz, en passant par Shakespeare.








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Jean-Jacques Rousseau


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Georg Wilhelm Friedrich Hegel




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Eugène Ionesco

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Primo Levi




Après avoir démontré dans Les fondements du système philosophique de Dostoïevski la cohérence globale de la pensée de l'écrivain russe, P. Lamblé explore dans ce deuxième tome l'un des domaines les plus originaux et les plus passionnants de cette philosophie : la métaphysique de l'Histoire de Dostoïevski. " L'ensemble se révèle stimulant, voire passionnant par les débats que M. Lamblé y ouvre... (il) a raison de mettre en question l'image de Dostoïevski que Berdiaev et d'autres ont forgée et de lui opposer celle d'un Dostoïevski analyste rigoureux des forces et des mécanismes de l'Histoire, conçue aussi comme une " science de l'avenir "... Les pages sur " Le rôle du hasard. L'effet papillon " sont particulièrement originales... Un ouvrage qui incite à ne plus recevoir ceux de Bakhtine ou de Motchoulski comme des dogmes. " C. De Grève, professeur de Littératures Comparées, Paris X. " Thèse ambitieuse et bien construite, entreprise avec un enthousiasme visible et un acharnement passionné... longue et patiente quête d'une image neuve et d'une conviction forte sur un auteur qui ne peut laisser nul lecteur indifférent. " A. Dabezies, professeur émérite, Aix-en-Provence.  



Ce premier tome, issu des recherches de l'auteur consacrées à la pensée philosophique de Dostoïevski, expose les principes fondamentaux du système philosophique d'un des plus grands écrivains de l'Histoire. Partant de l'étude détaillée des Carnets de L'Idiot, étude qui n'avait pas encore été entreprise, l'auteur s'attache à retrouver le projet philosophique du romancier et à montrer comment celui-ci parvient à construire sa pensée à travers la construction des personnages et le schéma du roman. Il parvient ainsi à démontrer comment le roman est un genre propre à exposer toute la profondeur et la cohérence globale d'une philosophie qui ne peut laisser personne indifférent.  

Bilan du tome 1, disponible ici. 








L’axe principal de mes travaux de recherche a été la comparaison entre littérature et philosophie, et plus particulièrement la comparaison entre les capacités de trois genres différents, roman, théâtre, essai, à exprimer une pensée philosophique.

Ma thèse de doctorat a été publiée chez l’Harmattan sous le titre général de La philosophie de Dostoïevski, en deux volumes, Les fondements du Système philosophique de Dostoïevski, et La Métaphysique de l'Histoire de Dostoïevski. Le premier volume visait à démontrer qu’il est possible de traduire les idées philosophiques contenues dans L’Idiot de Dostoïevski, et exprimées de manière totalement romanesque, dans le langage et suivant l’organisation des essais philosophiques qui caractérisent les grands systèmes de pensée allemands, tels que celui de Schelling ou celui de Hegel. L’essentiel du résultat de ma recherche sur cette question est disponible sur mon site à cette page : http://pierre-lamble2.eu/resources/Bilan%20T1.pdf

Le deuxième volume visait à démontrer qu’il est également possible d’exposer la vision de l’histoire de Dostoïevski d’une manière comparable à celle de Hegel dans les Leçons sur la philosophie de l’histoire.

L’ensemble de la thèse porte essentiellement sur la pensée de Dostoïevski, mais elle est entièrement construite à partir d’une comparaison entre Schelling et Hegel d’une part, et l’auteur russe d’autre part ; la reconstitution du système philosophique de Dostoïevski aurait été impossible autrement que par un travail tout autant de philosophie que de littérature comparée entre ces différents auteurs, Dostoïevski n’ayant jamais écrit lui-même le moindre traité philosophique.

 

Les quatre volumes qui constituent ma dernière publication importante, qui m’a valu mon Habilitation à Diriger des Recherches, s’inscrit dans la même étude des rapports entre littérature et philosophie. L’ensemble intitulé Conscience humaine et violence de l’État dans quelques mythes et œuvres majeures de la littérature occidentale comprend 15 chapitres, et s’étend sur environ un millier de pages.

Il s’agit toujours de confronter des textes de genres littéraires différents : mythes antiques, théâtre, dialogue philosophique, essai, conte philosophique, roman, récit mémoriel, et d’aires culturelles différentes : Israël, Grèce, et Rome antiques, puis Italie, France, Angleterre, Allemagne, et Russie, avec un très court détour par les États-Unis, autour d’une problématique commune : le développement historique de la conscience individuelle face à la violence de l’État, à travers une série d’œuvres littéraires, étant posé a priori que celles-ci constituent le meilleur témoignage de l’activité de la conscience.

La question du développement historique de la conscience étant au cœur même de ma problématique, il m’est apparu nécessaire de présenter les œuvres dans un ordre chronologique qui pouvait seule rendre compte du caractère fondamentalement historique de ce développement.

La cohésion de l’ensemble s’appuie d’abord sur une définition de la conscience extraite de Résurrection de Léon Tolstoï, en cinq capacités : la mémoire, le raisonnement logique, le jugement éthique, l’esprit de décision, et enfin la possibilité d’agir réellement. Cette définition très complète, qui intègre aussi bien la conscience de soi que la conscience morale, le Selbstbewußtsein allemand ou la distinction entre сознание et совесть en russe, présente surtout l’avantage de pouvoir fournir une grille d’analyse qui permette de rendre compte du comportement et des agissements de personnages appartenant à des sphères culturelles très différentes, voire d’un personnage dépourvu de ce que Rousseau appelle la conscience morale. Cette définition posée dès l’introduction permettra ensuite de comparer le fonctionnement de la conscience humaine tel que le présentent des œuvres très éloignées les unes des autres.

Le deuxième pilier fondamental de l’ensemble, qui permettra également d’établir des points de comparaison entre les œuvres du corpus, est constitué par un ensemble cohérent d’éléments de philosophie politique qu’on retrouve de manière à peu près à l’identique dans chacune d’elles, et que j’expose à travers quelques concepts clés : contradiction, aporie fondamentale, logique contre-rationnelle, contre-causalité, contre-droit, sous l’égide de la pensée héraclitéenne, et de cette notion de Παλιντροπος αρμονιη.  

Quant à la notion d’État, je l’ai prise évidemment au sens le plus large possible, sans la restreindre au sens moderne, du fait d’une part de la perspective historique qui est la mienne, et d’autre part parce que la seule caractéristique de l’État réellement importante pour mon étude est celle de sa violence, qui s’exprime dès sa fondation ; les autres caractéristiques de l’État n’ayant pas de rapport avec mon sujet, j’ai pu me dispenser de leur porter plus ample attention.

La question essentielle qui a présidé au choix des œuvres du corpus est celle de leur intérêt pour la contradiction, qu’elles l’admettent, la refusent, ou s’en prennent à ceux qui la refusent. De ce point de vue, concernant l’autorité de l’auteur sur son œuvre ainsi que les possibilités d’interprétation que le texte ouvre aux lecteurs, entre les tenants de l’autorité de l’auteur et les partisans de la disponibilité du texte à la libre interprétation par le lecteur, je n’ai pas chercher à choisir, bien au contraire : travaillant précisément sur la contradiction, j’ai privilégié des textes qui ouvrent de larges perspectives d’interprétations et de réinterprétations dans un contexte historique différent du leur, et même qui en autorisent de totalement étrangères, voire contraires aux intentions de l’auteur. Pour autant, il m’a semblé nécessaire dans cette démarche de bien mettre en lumière l’interprétation du texte la plus proche possible des intentions de l’auteur lui-même, pour mieux la distinguer des lectures que le lecteur peut être amené à élaborer en fonction de sa situation, ou de son « encyclopédie », pour reprendre la terminologie d’Umberto Eco. C’est ainsi par exemple que j’ai travaillé sur l’interprétation d’Œdipe qui pourrait être faite à partir de la notion protestante de prédestination, ou encore de la notion sartrienne de « héros de la mauvaise foi », ou que je présente des interprétations possibles de Résurrection de Tolstoï ou de Sa Majesté des mouches de William Golding totalement contraires aux intentions de leurs auteurs. Cette recherche sur la multiplicité des interprétations s’inscrit évidemment dans la réflexion sur le statut de la contradiction à l’intérieur des œuvres littéraires.

 

Le premier chapitre est constitué d’une étude comparatiste entre trois mythes antiques de fondation de cité, un hébreu, un grec, et un romain : celui de Caïn et Abel, celui de Cadmos et des fils du dragon, et celui de Romulus et Remus. Il permet de jeter les bases des concepts clés de philosophie politique qu’on retrouvera ensuite dans l’ensemble du corpus.

Le deuxième chapitre a pour finalité d’établir une interprétation sartrienne de l’Œdipe de Sophocle, et du portrait du tyran, comme « héros de la mauvaise foi », ainsi qu’une interprétation tolstoïenne, en utilisant la définition que donne celui-ci de la conscience comme grille de lecture, pour montrer que le personnage d’Œdipe peut servir de modèle pour illustrer une grande variété d’états de la conscience humaine.

Le troisième chapitre est une monographie consacrée à l’Antigone de Sophocle, qui trouve sa place dans l’ensemble par le fait que c’est dans cette œuvre que s’expose le mieux la logique contre rationnelle que doit développer à son tour la conscience qui s’oppose précisément à la logique contre rationnelle du pouvoir politique. L’attitude d’Antigone se trouve au cœur de la philosophie politique que développent les œuvres de mon corpus.

Le quatrième chapitre est une étude d’un degré de comparatisme que je qualifierai de « restreint » puisqu’il s’agit de confronter trois œuvres de la même sphère culturelle : les trois versions du mythe d’Electre d’Eschyle, de Sophocle, et d’Euripide. C’est l’occasion de poser les bases d’un thème qui se retrouvera ensuite dans les études consacrées à Shakespeare, Musset, et Kafka : celui du développement de la schizophrénie dans un contexte de violence psychologique généralisée.

Les cinquième et sixième chapitres sont deux monographies consacrées à la République de Platon et aux Commentaires de Jules César, elles opposent radicalement la pensée utopique du philosophe grec à la réalité politique décrite par le dictateur romain. La confrontation entre les deux est particulièrement éclairante pour mon propos, mais ils n’auraient pas été possible d’établir une comparaison point par point en fondant les deux études en un seul chapitre, tant les deux œuvres sont différentes, aussi bien du point de vue du genre littéraire, que de la pensée intrinsèque des deux auteurs.

L’intérêt essentiel de l’étude du livre de Platon est de démontrer qu’il est impossible de sortir de l’aporie fondamentale, et que toute tentative dans ce sens est vouée à l’échec ; ce constat se retrouvera ensuite en particulier dans les chapitres consacrés à Rousseau et Hegel, à Tolstoï, à Ionesco, et à Primo Levi.

D’autre part, la présence de la monographie sur Jules César se justifie également à l’intérieur de cet ensemble comparatiste pour les raisons suivantes : premièrement parce qu’il m’a semblé utile d’avoir le point de vue d’un véritable chef d’État, au milieu de textes littéraires qui le représentent de manière nécessairement imagée ; cela permet de confronter le discours tenu par des textes de fiction avec la réalité historique ; deuxièmement, parce que c’était l’occasion de s’intéresser au développement d’un nouveau genre littéraire en prise directe avec mon sujet : cette pseudo épopée qu’est le discours de propagande politique ; troisièmement, parce qu’il permet de donner en grande partie son sens à l’œuvre de Machiavel qui fait l’objet d’importants développements dans la suite.

Le septième chapitre retrouve une logique plus rigoureusement comparatiste en confrontant le Prince de Machiavel à l’Anti-Machiavel de Frédéric de Prusse. De fait, l’étude de l’ouvrage de Machiavel occupe une place centrale dans l’ensemble de ma thèse, puisque d’une part elle permet de répondre aussi bien à l’utopie platonicienne qu’au cynisme césarien, et que d’autre part elle sert de base aux études consacrées à Macbeth, Cinna, Lorenzaccio, et Résurrection. Le parallèle entre l’ouvrage de Machiavel et celui de Frédéric permet d’abord un développement sur le plan de la philosophie politique, mais également au niveau de la logique de cette philosophie, en démontrant que la contradiction est bien au cœur du problème ; en outre, après l’étude du cynisme de Jules César, c’est l’occasion d’exposer l’hypocrisie du souverain allemand, qui aurait pu lui-même servir de modèle aux théories de l’italien qu’il prétend vouer aux gémonies.

Le huitième chapitre s’inscrit également dans une logique rigoureusement comparatiste en confrontant deux pièces de théâtre, le Macbeth de Shakespeare et le Cinna de Corneille, dans la continuité précisément du chapitre consacré aux œuvres de Machiavel et de Frédéric.

Avec le neuvième chapitre, nous quittons pour un temps l’influence de Machiavel, pour revenir à une question plus strictement philosophique, le fonctionnement de la logique contre rationnelle. Ce chapitre confronte deux œuvres : les cours traités philosophiques de Leibnitz et le Candide de Voltaire. Il s’agit de montrer comment Voltaire démonte la logique de Leibnitz et construit la sienne, en récusant la forme du traité au profit de celle du conte philosophique, qui lui permet précisément de confronter la théorie avec le réel. La comparaison s’articule ici autour de deux axes : les questions de logique et de genre littéraire, qui finissent par se confondre, puisque je démontre que la première dépend effectivement de la seconde.

Après Voltaire versus Leibnitz, le dixième chapitre a de nouveau pour fonction de confronter deux œuvres philosophiques : le Contrat social de Rousseau (avec le Discours sur l’origine des inégalités) et les Leçons sur la philosophie de l’histoire de Hegel (dans leur première version). On reprend ici le débat entamé par Platon sur ce qui justifie l’existence même de l’État.

L’onzième chapitre, consacré au Lorenzaccio de Musset, appartient de fait au cycle Machiavélien, et doit être lu dans la continuité du huitième, consacré à ces autres personnages machiavéliens que sont Macbeth et l’empereur Auguste. Il s’agit une nouvelle fois d’observer la mise en scène au théâtre des théories du secrétaire florentin, mais cette fois à l’époque romantique.

Le douzième chapitre, consacré à Résurrection de Tolstoï, est également central par tous les liens qu’il tisse avec quantité d’autres. C’est d’abord de ce roman qu’a été extraite la définition de la conscience que j’utilise dans l’ensemble de la thèse ; deuxièmement, la description de la violence de l’État tsariste fait écho à celle de Jules César dans les commentaires ; troisièmement, la théorie de la non-violence que développe Tolstoï s’oppose radicalement aux thèses politiques de Machiavel, dont se rapprochent pourtant celles des terroristes russes de la fin du XIXe siècle ; quatrièmement, il est l’occasion d’un développement comparatiste avec le seul auteur non Européen de mon corpus, Henry Thoreau, dont le traité sur La désobéissance civile a fortement influencé le romancier russe. Même si les citations de ce dernier ouvrage dans le chapitre peuvent paraître fort légères en comparaison avec le poids des pages consacrées à Tolstoï, le déséquilibre est purement quantitatif et non qualitatif ; il tient uniquement à la différence de taille des deux ouvrages ; le parallèle entre les deux est au cœur de ma thèse puisqu’il me permet de démontrer qu’un même constat critique de la violence de l’État peut être établi aussi bien dans une toute jeune démocratie que dans une très vieille autocratie.

Le treizième chapitre est une monographie consacrée au Procès de Kafka, qui se justifie d’une part par elle-même, puisque c’est dans ce roman qu’est le plus clairement décrit l’intériorisation par la conscience de la violence de l’État, et d’autre part par les liens que ce roman entretient avec l’Œdipe de Sophocle. Sans prétendre à une très grande originalité, ce chapitre a pour ambition de montrer que la diversité des interprétations auxquelles il peut donner naissance trouve son origine précisément dans la thématique de l’ensemble de ma thèse : conçu par son auteur comme un roman de la conscience individuelle, il a été reçu par le public comme un roman de la violence de l’État, et c’est cette dernière interprétation qui lui a valu son succès planétaire.

Le quatorzième chapitre est également une monographie consacrée à Sa Majesté des mouches de William Golding. Sa présence dans cet ensemble comparatiste se justifie également par les liens que cette œuvre entretient avec d’autres, lesquels permettent d’établir tout un ensemble de comparaisons, avec le mythe de Romulus et Rémus, la tragédie grecque, l’opposition entre machiavélisme et innocence qui a été vue chez Tolstoï, la critique de la démocratie traitée par Platon, Rousseau, et Hegel, et surtout la question de la montée du nazisme qui sera étudiée dans le dernier chapitre.

Enfin, le 15e chapitre est construit sur une comparaison entre une pièce d’Ionesco, Rhinocéros, et le récit mémoriel de Primo Levi, Si c’est un homme. Le choix de cet ouvrage parmi tant d’autres traitants du fonctionnement des camps s’explique par le fait que l’auteur y développe tout un exposé extrêmement clair du rôle que la contradiction joue à l’intérieur du système nazi, dont l’ambition fondamentale était de refuser radicalement toute forme de contradiction. C’est la même raison qui m’a fait choisir la pièce d’Ionesco, le dramaturge revendiquant haut et fort sa philosophie de la contradiction.

Situées au centre du Pacifique, les îles Wallis et Futuna comptent parmi les terres habitées les plus isolées du monde. C'est sans doute pour cela qu'elles ont pu conserver mieux que d'autres leur caractère authentique et leur traditions orales. Tout en puisant dans l'ensemble des documents historiques disponibles sur la vie de Fenua, l'auteur laisse libre cours à son invention pour dresser ici un tableau vivant de la réalité wallisienne, autant que des rêves que ces îles ont suscités dans l'imaginaire occidental.